đź’Ą Il n’y a pas de manager toxique

par | 28 Avr 25 | 0 commentaires

C’est ainsi que j’avais décidé de me préparer à une interview sur la question.

J’aurai parlĂ© de l’OKness : « tous les individus ont de la valeur, sont dignes de respect et ont le droit d’exister ». Mon objectif Ă©tait de permettre Ă  chacun de porter un autre regard sur le manager cataloguĂ© comme toxique, de faire preuve de nuance et de comprĂ©hension.

Et puis, il y a quelques temps, j’ai animĂ© une formation sur la conciliation de la bienveillance et de l’exigence (la bientraitance donc) et le manageur toxique s’est rappelĂ© Ă  ma mĂ©moire Ă  travers les comportements d’une participante :

– Posture d’attaque systĂ©matique : « la bienveillance y en a marre Â» (Julia de Funès sort de ce corps !), « la position de vie ok/ok, c’est pas possible avec tout le monde Â», « y a des collaborateurs dont on ne peut rien tirer Â», « l’écoute ça sert Ă  rien si c’est pour Ă©couter des conneries Â», « les Ă©motions n’ont rien Ă  faire sur le lieu de travail Â», « je suis pas psy Â», etc.

– Comportement toujours limites avec le cadre : messes basses permanentes avec ses voisins, interventions intempestives, moqueries, retards, mais toujours sur le fil du rasoir, c’est-Ă -dire que chacun des comportements pris individuellement ne pouvaient ĂŞtre sanctionnĂ©s. Seule l’accumulation pouvait ĂŞtre confrontĂ©e.

– IncapacitĂ© de se remettre en question :  ce sont les collaborateurs qui ne travaillent pas, c’est la supĂ©rieure hiĂ©rarchique qui ne comprend rien (« elle veut que je fasse preuve de bienveillance Â», « elle me demande de faire de l’inclusion Â», « elle veut que je prolonge le CDD Â», etc.), c’est l’institution qui est mal organisĂ©e, etc. Autrui est responsable, le manager toxique, jamais.

– Refus de faire les exercices de rĂ©flexion individuelle lors de la formation : rien sur ses objectifs Ă  atteindre, si ce n’est « Et la valeur travail ? Ou comment ĂŞtre plus exigent que bienveillant ?», rien sur la question de la confiance, rien sur le plan d’action, etc. Bref, niveau d’implication pour faire Ă©voluer sa pratique proche de zĂ©ro.

– Attitude de mĂ©pris vis-Ă -vis des collaborateurs qu’elle citait, notamment une jeune femme qui ne rĂ©ussissait pas Ă  atteindre ses objectifs, qui pleurait Ă  chaque fois qu’elle se retrouvait dans son bureau, qui bĂ©nĂ©ficiait rĂ©gulièrement d’arrĂŞts maladie, etc. Quand je pense Ă  elle, je me dis qu’elle devait ĂŞtre terrorisĂ©e.

– Recherche de la faille chez autrui : quel est le point faible, la zone sensible, la fragilitĂ© chez l’autre. Une fois repĂ©rĂ©e, elle ne la lâche plus et vient appuyer rĂ©gulièrement lĂ  oĂą ça fait mal.

– Epuisement de l’interlocuteur : J’étais fatiguĂ©e en sa prĂ©sence, je me sentais oppressĂ©e. Ce type de personnage est Ă©puisant, c’est une vĂ©ritable pompe Ă  Ă©nergie par la quantitĂ© d’hameçons qu’elle lance (pour les non-initiĂ©s, il s’agit des phrases d’accroche pour inviter les interlocuteurs Ă  jouer Ă  un jeu psychologique). Chaque parole est une tentative de dĂ©stabilisation Ă  laquelle autrui tente de rĂ©sister.

Je n’ai passĂ© que deux jours avec elle et j’ai senti longtemps après son agressivitĂ© me coller Ă  la peau.  Je me demande comment ses collaborateurs peuvent vivre ce comportement toxique au quotidien.

Qu’ai-je fait ?

  • J’ai commencĂ© par l’écouter afin de comprendre la blessure qui se cachait derrière ce comportement,
  • Je me suis efforcĂ©e de la comprendre et de conserver une position de vie OK/OK,
  • Je lui ai posĂ© des questions afin qu’elle monte en conscience de ses comportements inadaptĂ©s,
  • Je suis restĂ©e professionnelle,
  • J’ai fait appel Ă  ma rationalitĂ© (qu’est-ce qui va ĂŞtre le plus efficace ici et maintenant sachant que je n’ai que deux jours Ă  tenir ?),
  • Je me suis concentrĂ©e sur les autres membres du groupe,
  • J’ai rĂ©sistĂ© Ă  l’envie de lui rabattre son caquet (je savais très bien faire Ă  une Ă©poque) car cela n’aurait fait que renforcer ses croyances et son comportement,
  • J’ai mis la musique Ă  fond en rentrant chez moi puis je suis allĂ©e marcher dans la forĂŞt.

Qu’aurais-je pu faire de plus ?

– RECADRER, mettre des limites claires ! J’étais fatiguĂ©e et je n’ai pas eu le courage et l’énergie de la recadrer. Pourtant le cadre Ă©tait lĂ , juste dans mon dos, avec Ă©crit en gros sur le paperboard : respect, Ă©coute et co-responsabilitĂ©. Il m’aurait suffi de le rappeler.

– M’IMPOSER une distance de protection afin de rĂ©duire l’impact de sa nĂ©gativitĂ© sur moi. Je sais que les comportements toxiques sont souvent le reflet des insĂ©curitĂ©s et des troubles de la personne ; il est important de se protĂ©ger de la contagion Ă©motionnelle automatique Ă  leur contact.

– ACCEPTER de devoir la sortir du groupe pour protĂ©ger le travail en cours et faire preuve d’exemplaritĂ© de comportement pour les stagiaires, y compris par l’exemple d’une confrontation importante.

En conclusion : pour faire face Ă  un ou une manageur toxique, il faut ĂŞtre en pleine forme, comprendre, confronter ou couper la relation. Avez-vous d’autres solutions Ă  partager ?