C’est ainsi que j’avais décidé de me préparer à une interview sur la question.
J’aurai parlĂ© de l’OKness : « tous les individus ont de la valeur, sont dignes de respect et ont le droit d’exister ». Mon objectif Ă©tait de permettre Ă chacun de porter un autre regard sur le manager cataloguĂ© comme toxique, de faire preuve de nuance et de comprĂ©hension.
Et puis, il y a quelques temps, j’ai animé une formation sur la conciliation de la bienveillance et de l’exigence (la bientraitance donc) et le manageur toxique s’est rappelé à ma mémoire à travers les comportements d’une participante :
– Posture d’attaque systĂ©matique : « la bienveillance y en a marre » (Julia de Funès sort de ce corps !), « la position de vie ok/ok, c’est pas possible avec tout le monde », « y a des collaborateurs dont on ne peut rien tirer », « l’écoute ça sert Ă rien si c’est pour Ă©couter des conneries », « les Ă©motions n’ont rien Ă faire sur le lieu de travail », « je suis pas psy », etc.
– Comportement toujours limites avec le cadre : messes basses permanentes avec ses voisins, interventions intempestives, moqueries, retards, mais toujours sur le fil du rasoir, c’est-Ă -dire que chacun des comportements pris individuellement ne pouvaient ĂŞtre sanctionnĂ©s. Seule l’accumulation pouvait ĂŞtre confrontĂ©e.
– IncapacitĂ© de se remettre en question : ce sont les collaborateurs qui ne travaillent pas, c’est la supĂ©rieure hiĂ©rarchique qui ne comprend rien (« elle veut que je fasse preuve de bienveillance », « elle me demande de faire de l’inclusion », « elle veut que je prolonge le CDD », etc.), c’est l’institution qui est mal organisĂ©e, etc. Autrui est responsable, le manager toxique, jamais.
– Refus de faire les exercices de rĂ©flexion individuelle lors de la formation : rien sur ses objectifs Ă atteindre, si ce n’est « Et la valeur travail ? Ou comment ĂŞtre plus exigent que bienveillant ?», rien sur la question de la confiance, rien sur le plan d’action, etc. Bref, niveau d’implication pour faire Ă©voluer sa pratique proche de zĂ©ro.
– Attitude de mĂ©pris vis-Ă -vis des collaborateurs qu’elle citait, notamment une jeune femme qui ne rĂ©ussissait pas Ă atteindre ses objectifs, qui pleurait Ă chaque fois qu’elle se retrouvait dans son bureau, qui bĂ©nĂ©ficiait rĂ©gulièrement d’arrĂŞts maladie, etc. Quand je pense Ă elle, je me dis qu’elle devait ĂŞtre terrorisĂ©e.
– Recherche de la faille chez autrui : quel est le point faible, la zone sensible, la fragilitĂ© chez l’autre. Une fois repĂ©rĂ©e, elle ne la lâche plus et vient appuyer rĂ©gulièrement lĂ oĂą ça fait mal.
– Epuisement de l’interlocuteur : J’étais fatiguĂ©e en sa prĂ©sence, je me sentais oppressĂ©e. Ce type de personnage est Ă©puisant, c’est une vĂ©ritable pompe Ă Ă©nergie par la quantitĂ© d’hameçons qu’elle lance (pour les non-initiĂ©s, il s’agit des phrases d’accroche pour inviter les interlocuteurs Ă jouer Ă un jeu psychologique). Chaque parole est une tentative de dĂ©stabilisation Ă laquelle autrui tente de rĂ©sister.
Je n’ai passé que deux jours avec elle et j’ai senti longtemps après son agressivité me coller à la peau. Je me demande comment ses collaborateurs peuvent vivre ce comportement toxique au quotidien.
Qu’ai-je fait ?
- J’ai commencé par l’écouter afin de comprendre la blessure qui se cachait derrière ce comportement,
- Je me suis efforcée de la comprendre et de conserver une position de vie OK/OK,
- Je lui ai posé des questions afin qu’elle monte en conscience de ses comportements inadaptés,
- Je suis restée professionnelle,
- J’ai fait appel à ma rationalité (qu’est-ce qui va être le plus efficace ici et maintenant sachant que je n’ai que deux jours à tenir ?),
- Je me suis concentrée sur les autres membres du groupe,
- J’ai résisté à l’envie de lui rabattre son caquet (je savais très bien faire à une époque) car cela n’aurait fait que renforcer ses croyances et son comportement,
- J’ai mis la musique à fond en rentrant chez moi puis je suis allée marcher dans la forêt.
Qu’aurais-je pu faire de plus ?
– RECADRER, mettre des limites claires ! J’étais fatiguĂ©e et je n’ai pas eu le courage et l’énergie de la recadrer. Pourtant le cadre Ă©tait lĂ , juste dans mon dos, avec Ă©crit en gros sur le paperboard : respect, Ă©coute et co-responsabilitĂ©. Il m’aurait suffi de le rappeler.
– M’IMPOSER une distance de protection afin de rĂ©duire l’impact de sa nĂ©gativitĂ© sur moi. Je sais que les comportements toxiques sont souvent le reflet des insĂ©curitĂ©s et des troubles de la personne ; il est important de se protĂ©ger de la contagion Ă©motionnelle automatique Ă leur contact.
– ACCEPTER de devoir la sortir du groupe pour protĂ©ger le travail en cours et faire preuve d’exemplaritĂ© de comportement pour les stagiaires, y compris par l’exemple d’une confrontation importante.
En conclusion : pour faire face à un ou une manageur toxique, il faut être en pleine forme, comprendre, confronter ou couper la relation. Avez-vous d’autres solutions à partager ?
