J’étais anéantie. Mon médecin m’avait prescrit des anxiolytiques et des antidépresseurs. Je ne prenais que les anxiolytiques pour dormir.
J’ai mis plus d’un an à retrouver du travail (Merci Pierre O. de m’avoir embauchée alors que je n’étais que l’ombre de moi-même). Il a fallu que je déménage, que mes enfants changent d’école, tous les postes aux alentours m’étaient interdits, j’étais blacklistée.
Mes amis et mon père ont été présents. Ils m’ont soutenue comme ils ont pu. Ils m’ont livré de bons petits plats ; je ne mangeais plus rien, moi qui suis si gourmande. Ils m’ont emmenée au cinéma ; je me souviens du coup de poing reçu lorsqu’ils m’ont trainée pour voir « Million Dollars Baby », coup de poing pas encore suffisant pour me réveiller de ce cauchemar. Ils m’ont conseillé des avocats car ils savaient l’injustice que je subissais.
Mes enfants m’ont obligée à conserver un rythme. Je me levais le matin tant bien que mal, préparait leur petit-déjeuner, les accompagnais à l’école, retournais me coucher, trainais devant les séries les plus débiles que la télévision diffusait à l’époque, me douchais vers 16h pour aller les chercher à 16h30 sans leur faire trop honte. Les jours se succédaient de manière automatique, je tenais debout pour mes enfants, mon amour pour eux me donnait de la force.
Ce qui a fini par me réveiller, c’est la libération des otages Florence Aubenas et Hussein Hanoun en juin 2005. Alors que j’allais au bureau de tabac acheter des cigarettes (je fumais comme un pompier à l’époque), la porte automatique de la boutique s’est refermée juste sous mon nez, laissant apparaitre une affiche collée là : « Ils sont libres ! ». Il y avait une vie en dehors de la mienne, il se passait des choses graves dans le monde et la libération de ces deux otages m’a permis de contacter de la joie. Emotion de l’énergie vitale par excellence, cette joie m’a redonné courage et envie.
J’ai été licenciée pour faute grave parce qu’à l’époque, c’était la procédure la plus courante. Accepter un tel licenciement contre un gros chèque pour acheter le silence. Les plaintes pour agressions sexuelles et harcèlement sexuel sur lieu de travail n’aboutissaient que très rarement.
Le parcours de reconstruction a été long, mais, depuis 2018, j’ai transformé cette expérience en devenant coach professionnelle puis psychopraticienne en Analyse Transactionnelle. J’ai développé le concept de bientraitance managériale et organisationnelle afin d’identifier et de traiter les problématiques centrales de la vie des organisations tels que les souffrances relationnelles et psychiques, les situations conflictuelles voire violentes, le sexisme et les violences sexuelles, le racisme et les discriminations en général, qui empêchent la performance et la robustesse des équipes.
Je me suis transformée et j’accompagne aujourd’hui les transformations. Individuelles et collectives, choisies ou imposées, rapides ou longues.
